LA NEWSLETTER "ARTY"

DE NADJA M

SAISON 1
/ ÉPISODE 4

OÙ SONT LES FEMMES ?

par Nadja M, Avril 2021 I 11 min de lecture
logo-de l'art en barre

Pour cette 4e newsletter intitulée « Où sont les femmes ? » (clin d’œil à la célèbre chanson de Patrick Juvet), j’ai choisi de mettre les femmes artistes à l’honneur.

Patrick Juvet

Là aussi, les choses bougent même si tout reste à faire. Voici, pour commencer, une bonne nouvelle : dans les collections publiques en France en 2018 et pour la première fois, les œuvres d’artistes femmes acquises étaient égales à celles des hommes. Mais, (mauvaise nouvelle) dans le même temps, les artistes femmes sont toujours moins exposées avec seulement 1/3 d’expositions en France dans les établissements publics ces dernières années. Surtout, dans les maisons de ventes, les œuvres d’artistes femmes ne représentent que 4% des ventes. #ilyaencoredutaf

Au sommaire de ce 4e épisode :

– UN QUIZZ ET ÇA REPART : petit test de vos connaissances en artistes femmes. Êtes-vous une peu fortiche, moyen fortiche ou méga fortiche ? 

– EXPO / HISTOIRE DE L’ART : en attendant 2 belles expositions consacrées aux femmes à voir en mai prochain au musée d’art moderne de la ville de Paris  “The power of my hands” (exposition du travail de 16 artistes femmes issues de la scène contemporaine africaine) et “Elles font l’abstraction” au centre Georges Pompidou (présentation de 106 artistes femmes et leur apport à l’abstraction), je vais vous proposer une brève Nouvelle Histoire de l’Art à travers quelques mouvements et initiatives importantes comme celle des Guerillas girls et de l’association AWARE.  Mais aussi un portrait, très court, de figures emblématiques, dont celui de l’artiste féministe Judy Chicago et de l’historienne de l’art Linda Nochlin. Surtout je vous parlerai du MOOC intitulé « Elles font l’art » lancé par le centre Georges Pompidou depuis le 25 janvier dernier et jusqu’au 25 juin prochain. Inscrite dès son lancement, j’ai eu le bonheur de découvrir, chaque semaine, un nombre très impressionnant d’artistes femmes dont je ne soupçonnais même pas l’existence !

– PORTRAIT : choix difficile pour moi, tant elles sont nombreuses et talentueuses. Ce sera finalement Barabara Kruger dont le médium de prédilection est le collage ; médium que j’utilise beaucoup en ce moment !

Barbara KRUGER

– VIS MA VIE D’ARTISTE : enfin, pour ce qui est de mon actualité, et de cette rubrique que j’ai rebaptisé  « vis ma vie d’artiste », je partagerai avec vous une expérience assez cocasse avec une nouvelle galerie d’art en ligne dédiée aux femmes (La maison Melem) qui m’a contactée (via instagram,) pour me représenter.

Je me suis aussi enfin remise à la sculpture. À découvrir, en fin de newsletter !

DE L’ART EN BARRE

Saison 1 / Episode 4 sur 12, « OÙ SONT LES FEMMES ? » c’est parti !

UN QUIZZ ET ÇA REPART !

Si là tout de suite, je vous demande de me citer 5 artistes femmes toutes périodes confondues, il est fort probable que vous viennent à l’esprit les noms de Frida Khalo, Louise Bourgeois, Cindy Sherman, Sonia Delaunay ou encore Camille Claudel. #unpeufortiche

FRIDA KHALO – SONIA DELAUNAY  et LOUISE BOURGEOIS

Et peut être certain.e.s d’entre vous iront jusqu’à mentionner les noms de Mary Cassatt, Berthe Morisot, Annette Messager, Sophie Calle, Niki de Saint Phalle, Joan Mitchell, Georgia O’Keeffe, Tamara de Lempicka, YaYoi Kusama, Orlan ou Nan Goldin. #moyenfortiche

ORLAN – NIKI DE SAINT PHALLE et GEORGIA O’KEEFFE 

Mais qui connaît par exemple Artemisia Gentileschi, Helen Frankenthaler, Judy Chicago, Eva Hesse,  Marina Abramovic, Kiki Smith, Barbara Kruger, Agnès Thurnauer, Dorothea Tanning, Meret Oppenheim ou Claude Cahun ? Si oui, bravo : vous êtes #megafortiche !

JUDY CHICAGO – EVA HESSE et MERET OPPENHEIM 

Mais alors, connaissez-vous Francoise Janicot, Sanja Ivekovic, Alina Szapocznikow, Valie Export, Marta Rosler, Camille Henrot, Laure Prouvost, Rei Naito ou Malala Andrialavidrazana ?

LAURE PROUVOST – REI NAITO et CAMILLE HENROT 

Oui ?? Bon eh bien, c’est sûr, vous êtes #suprafortiche et vous pouvez dès à présent arrêter votre lecture de cette newsletter. Mais non, je blague : attendez, ne partez pas : j’ai encore plein de choses à vous raconter !

ET SI ON RÉINVENTAIT L’HISTOIRE DE L’ART ?

« Une femme qui n’a pas peur des hommes leur fait peur » Simone de Beauvoir

Il était une fois « Les Guerrilla Girls », un groupe d’artistes féministes fondé à New York en 1985. Excédées, par une exposition du MOMA de New York intitulée « An International Survey of Painting and Sculpture » qui prétendait faire un état des lieux des grandes tendances de l’art contemporain mais qui ne présentaient que 13 artistes femmes sur 169 artistes participant à l’exposition, elles se décident à réagir. Pour protéger leur carrière contre d’éventuelles représailles institutionnelles, le groupe veille à rester anonyme et porte des masques de gorille. Elles prennent aussi des noms de femmes artistes décédées tel Frida Kahlo ou Hannah Höch … pour rappeler à la mémoire de tous quelques grands noms féminins de l’art.

Une de leur plus célèbre affiche est celle-ci, crée en 1989 à destination du Met Museum qui, dans la section d’art moderne, présentait, à cette époque, moins de 5 % d’œuvres créées par des femmes artistes tandis que 85 % des nus étaient féminins. #chercherlerreur

Guerilla girls

Elles ironisent aussi sur l’avantage à être une femme artiste : travailler sans la pression du succès et avoir conscience que leur carrière prendra son essor à 80 ans !!! #tantquyadlespoir

Mais bien avant elles, en janvier 1971, Linda Nochlin enseignante et chercheuse en histoire de l’art américaine, avait publié dans Artnews, un article intitulé « Pourquoi n’y-a-t-il pas eu de grandes artistes femmes ? ». Jetant ainsi un pavé dans la mare de l’histoire de l’art occidental, rigide, linéaire et essentiellement masculin. Je vous encourage vivement à regarder cette interview (durée 30 min).

Pour ma part, et jusqu’à il y a peu, je n’y retrouvais rien à redire n’ayant même pas conscience que des centaines d’artistes femmes avaient tout simplement été effacées et invisibilisées par les institutions dans le monde entier sans que cela ne dérange personne. Et pour m’identifier et me projeter en tant qu’artiste, eh bien, je m’adaptais … et prenais des hommes !

J’ai aussi pris conscience que dans mes propres cours avec les enfants à l’atelier de nadja je ne faisais découvrir que des artistes hommes à mes élèves dont 90% sont des garçons ! Cela a été un choc pour moi. Mais depuis plusieurs mois, j’ai fait évolué les choses avec Sheila Hicks mais aussi Louise Bourgeois ou Hannah Höch justement ! #toutresteafaire

Le MOOC initié par le centre George Pompidou et intitulé « Elles font l’art »  a été une grande révélation pour moi. Pour celles et ceux que cela intéresse, vous pouvez encore vous inscrire.

Mooc pompidou

J’y ai appris que jusqu’à la fin du 19e siècle, les académies refusaient les femmes. Ce qui explique, en partie, leur absence dans l’histoire de l’art.

Est aussi posée la question suivante : une histoire de l’art des femmes impose-t-elle une histoire de l’art au féminin ? La réponse est sans appel : cette définition serait réductrice et minorisante.

Parce qu’elles devaient faire leur place et que personne ne les attendait, les femmes artistes ont par ailleurs été nombreuses aux avant gardes de grands mouvements artistiques. Notamment, le dadaïsme, ce mouvement que j’affectionne tout particulièrement. Hannah Höch, autre formidable collagiste a ainsi dénoncé, dès les années 1930, la société moderne et le rôle des femmes qu’elles voyaient clairement oppressées par les hommes, même dans le milieu artistique.

HöCH HANNAH HÖCH

Idem pour l’abstraction avec Sonia Delaunay qui est longtemps restée dans l’ombre de son mari, Robert Delaunay.

Pour ce qui est du surréalisme, l’histoire a trop peu parlé du rôle majeur de femmes comme Meret Oppenheim et son déjeuner en fourrure ou Dora Maar. Cette dernière qui était pourtant une photographe surréaliste exceptionnelle a longtemps été identifiée comme la muse de Picasso et rien d’autre !

Dora MAAR  DORA MAAR

MERET OPPENHEIM  « déjeuner en fourrure »

Et que dire du conceptualisme qui, dans les années 1960, voit émerger de nouveaux médiums comme la vidéo, la performance ou l’installation et dont les artistes femmes s’emparent. A l’instar de Niki de Saint Phalle, Marina Abramovic ou Valie Export.

Entre les mains de ces artistes (et de beaucoup d’autres), l’art devient une arme mais surtout un levier de prise de conscience. Et toutes ces artistes femmes jouent un rôle majeur dans l’introduction de ces nouvelles pratiques dans le champ de l’art. Il est donc grand temps de les remettre à leur juste place dans cette Nouvelle Histoire de l’Art en cours de réécriture.

Instagram participe aussi activement à cette petite révolution. Et beaucoup de médias, bloggeuses et influenceuses de l’art  m’aident à revoir mon éducation de cette histoire de l’art à réinventer. Ce sont Margaux Brugvin avec son compte @margauxbrugvin, Marie Stéphanie Servos et @femmesdart ou le compte d’Eva Kirilof @evakirilof qui a aussi une super newsletter bi-mensuelle intitulée « La superbe » à laquelle je vous encourage de vous abonner !

Pour ce qui est de Margaux Brugvin, je vous propose de regarder le portrait de 3 minutes qu’Arte lui a consacré et qui résume bien ce problème d’invisibilisation des artistes femmes dans l’histoire de l’art. Elle y raconte comment pendant ses 5 années d’études à l’école du Louvre, elle n’a jamais étudié une seule artiste femme ! C’est dingue, non ?

Autre évènement marquant qui fait avancer les choses dans le bon sens : la création, en 2014 par Camille Morineau de l’association AWARE (Archive of women archives & exhibitions). L’association, a crée un site internet très bien fait, véritable encyclopédie d’artistes femmes. Mais elle est aussi à l’origine du prestigieux prix AWARE qui récompense chaque année 2 artistes femmes. Ici une vidéo très courte (3 min) présentant l’association.

En 2009, avant la création d’AWARE, Camille Morineau, a été la commissaire d’une formidable exposition intitulée elles@centre pompidou qui a présenté pendant 2 ans, dans les salles des collections permanentes du musée, une sélection de 350 œuvres de 150 artistes femmes, du début du 20e siècle à nos jours. Son constat de l’époque : les femmes artistes sont tout simplement absentes  des livres, des expositions mais aussi du marché de l’art et cela ne peut plus continuer ainsi.

Aujourd’hui en 2021, Paris musées s’est aussi emparé de la question en demandant à Margaux Brugvin (et oui encore elle) de réaliser des petites vidéos pour l’instagram de l’institution muséale. Et pardon de le dire ainsi mais il était grand temps qu’ils se réveillent !

PORTRAIT :

« Barbara KRUGER : quand la pub mène à l’art !  »

barbara kruger

Née dans le New Jersey, aux États-Unis, en 1945, Barbara Kruger a étudié à l’université de Syracuse, dans l’État de New York, puis à la Parsons School of Design de New York. Après avoir travaillé dans le milieu publicitaire, elle choisit d’être artiste et réalise, entre autres, des collages photographiques inspirés par son ancien métier. C’est ainsi qu’à la fin des années 1970, elle commence à détourner des images issues de la culture de masse.

Ses collages, qui utilisent les codes visuels de l’avant-garde soviétique, comportent le plus souvent des images en noir et blanc sur lesquelles l’artiste superpose du texte. Ce dernier, écrit en noir ou en blanc, est généralement présenté sur fond rouge et évoque souvent les relations sociales et les structures du pouvoir. Le sujet du corps est clairement un moyen d’expression et de lutte.

Empruntant ainsi au langage publicitaire, elle peut mieux en critiquer les effets, en particulier celui de la société de consommation.

À travers ces messages, Barbara Kruger remet aussi en question les stéréotypes, la misogynie et les modèles dépassés des rôles homme-femme relayés par les médias. Les images qu’elle réutilise sont souvent agrandies et l’artiste n’hésite pas à investir les murs des villes et les pages de magazines. Pour exemple, l’affiche « your body is a battleground » (en introduction de ma newsletter) réalisé pour la marche en faveur des droits à l’avortement en 1989 à Washington.

Comme dans une campagne publicitaire, ses œuvres communiquent leur message de manière claire, concise et catégorique.

Cette approche de l’art, à la portée de tous, me parle beaucoup.

En 2005, à la biennale de Venise, Barbara Kruger s’est vue décerner le Lion d’or pour l’ensemble de son œuvre.

NADJA M ACTUALITÉ :

"Vis ma vie d'artiste !"

Au sommaire de mon actualité du mois, la galerie Melem, première galerie en France à vouloir représenter uniquement des artistes femmes. Super idée et belle collaboration en perspective, me direz-vous ! En tout cas, c’est ce que je me suis dit… au début ! Après une rapide consultation de leur profil, de leur site et la lecture d’un article plutôt élogieux de la fondatrice et de son projet, rédigé par une journaliste indépendante, j’ai accepté la proposition en demandant toutefois un rdv téléphonique afin que chacune de nous se présente brièvement, mais aussi pour connaître la ligne éditoriale de la galerie et choisir, avec elle, quelles œuvres seraient susceptible d’être le mieux vendues sur cette galerie en ligne.

Dix jours plus tard, aucune réponse, alors que j’avais proposé une date. Après relance, la fondatrice s’est platement excusée pour son silence et m’a proposé une nouvelle date. Pour préparer le rdv, j’ai regardé le contrat d’un peu plus près et découvert, avec surprise, une note unilatérale plus qu’un contrat. À ce stade, j’ai commencé à me poser des questions.

Puis, je suis allée refaire un tour sur leur site internet et remarqué une myriade de fautes d’orthographe dans les biographies des artistes femmes représentées mais surtout, beaucoup plus grave, des liens vers la présentation des œuvres qui ne fonctionnent pas.

J’ai, bien sûr, fait remarquer tout cela à la fondatrice qui, après 15 minutes de conversation, a fini par me dire que je cherchais des « noises »… oui, vous avez bien lu !

À ce stade, et comme vous pouvez l’imaginer, la conversation a tourné court !

HOTEL DU NORD

HÔTEL DE NORD de Marcel CARNÉ avec Arletty :
« Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »

La morale de l’histoire : quelle leçon, nous autres artistes, mais aussi, vous, amateurs d’art, pouvez tirer de cette expérience ?

Eh bien, qu’un site mis en ligne avec plusieurs couacs (surtout à des endroits stratégiques) n’est pas un site sérieux et peut même nuire à la carrière d’un artiste.

Qu’un artiste est en droit de poser TOUTES les questions qu’il souhaite, que ce soit sur le contrat, la stratégie de la galerie, y compris sur ce qui motive le galeriste à souhaiter le représenter. C’est la base de n’importe quelle collaboration : pourquoi en serait-il autrement pour les artistes ?

Enfin, qu’il est impératif, et cela, même si nous sommes au début de notre carrière, d’être exigeant. Et bien sûr, qu’il est vraiment préférable de passer son tour plutôt que d’accepter une collaboration de qualité médiocre. Car il y a peu de chances pour qu’elle s’améliorera avec le temps !

Depuis 1 an ½, je suis représentée par la galerie The art cycle qui propose la location et la vente en ligne d’œuvres d’art avec des univers très différents. Eh bien, sachez que sa fondatrice Julie Gueudet, qui est très sérieuse et très impliquée dans le développement de sa galerie, nous envoie tous les mois un rapport d’activité avec des objectifs qu’elle se donne (à elle et son équipe) pour développer sa visibilité et sa notoriété. Et la nôtre par la même occasion.

Voilà, pour cette merveilleuse expérience qui m’a confortée dans l’idée de chercher encore plus de « noises » à la prochaine demande de collaboration !)

Mise à part cette expérience rocambolesque #vismaviedartiste, ce mois-ci, j’ai beaucoup travaillé sur mon site internet qui est en train d’être entièrement refait par devinez qui ? Eh bien, par les 3 drôles de dames ! Oui, oui, je vous jure ! En voici un aperçu ! Je vous raconterai tout cela en détail dans le prochain épisode ! Stay tuned !

Pour terminer sur une note « arty », et comme je vous le disais en introduction, je me suis enfin remise un tout petit peu à la sculpture. #letempsmemanque

Voici donc « Family tree », une sculpture qui illustre, pour moi, nos rapports familiaux parfois compliqués et quelque peu… comment dire … enchevêtrés ? #thegodfather

Cette sculpture est aussi un hommage modeste à l’artiste femme Sheila Hicks dont j’admire énormément le travail !

Voilà, « De L’ART EN BARRE », épisode 4, c’est fini ! J’espère que cette newsletter vous aura intéressés.
Et si oui, alors, je vous dis à dans un mois.
Cheers !

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