LA NEWSLETTER "ARTY"

DE NADJA M

SAISON 1
/ ÉPISODE 2

MON ŒIL

par Nadja M, Février 2021 I 10 min de lecture
logo-de l'art en barre

Pour cette nouvelle newsletter, j’ai choisi une thématique très présente dans mon travail, celle de  L’ŒIL : l’image, le regard, la vision (troisième œil) ou le manque de perspective «visuelle», qui sont tout à fait d’actualité, ne trouvez-vous pas ?

Au sommaire de deuxième épisode :

– Une EXPO intitulée justement LE MAUVAIS ŒIL actuellement au FRAC Auvergne. Oui, bien sûr vous ne pourrez pas la voir. Mais comme c’est un peu le lot de toutes les expos en ce moment, eh bien j’ai quand même envie de vous en parler, d’autant qu’ils ont aussi réalisé une courte vidéo de l’expo de 7mn et que leur site internet est très bien fait. Vous pourrez, entres autres, y découvrir un livret passionnant constitué d’analyses riches & instructives.

– Le PORTRAIT de l’artiste Kate MAC GUIRE : artiste britannique qui travaille à partir de plumes d’oiseau. Le magazine Artension a écrit, ce mois-ci, un article intitulé « Oiseau de bon augure » sur cette merveilleuse artiste que j’ai découverte il y a 5 ans déjà.

– VIS MA VIE D’ARTISTE : mon actu du mois autour d’une mini expo de mes collages, support à la présentation d’un beau projet d’art olfactif portée par une étudiante très prometteuse, j’ai nommé Margot ALOY … je ne vous en dis pas plus.

– EXTRA : ici on parlera d’un sujet qui peut fâcher. Les bons comptes font les bons amis, ça vous parle ? Il fait aussi tourner le monde et certains disent qu’il n’a pas d’odeur. Banco, vous avez gagné c’est l’argent, le blé, le flouse, la thune. Ou comment un artiste définit-il le prix de ses œuvres ?

DE L’ART EN BARRE

Saison 1 / Episode 2 sur 12, c’est parti !

Le mauvais œil est le pouvoir supposé que possède le regard d’une personne. Il symbolise le regard envieux ou jaloux des autres. La croyance populaire veut que ce regard provoque divers malheurs. En Europe, au Moyen-âge, les sorcières étaient réputées pour user du mauvais œil contre tous ceux qui avaient le malheur de croiser leur route. Leurs victimes étaient alors frappées de maux divers, perdaient l’amour de leur conjoint ou étaient jetées dans la misère. Partout où les superstitions liées au mauvais œil sont encore vivaces, (notamment au Maghreb), il est considéré comme dangereux d’attirer l’attention sur la beauté de ses enfants, de peur d’attirer « le mauvais œil » sur eux.

À la lecture de ce paragraphe (source wikipédia), je comprends mieux (moi qui suit née sur l’île de Djerba en Tunisie) pourquoi je suis si mal à l’aise devant un objectif : l’impression qu’on me vole mon âme) Je comprends aussi mieux mon obsession autour de l’œil oversize dans ma pratique artistique : une autre façon reprendre la main & conjurer le mauvais sort ?

EXPO :

LE MAUVAIS OEIL / Frac Auvergne

« Le mauvais œil, c’est toi, il faut te jeter par dessus bord »
Phrase extraite du film « The Evil eye » de Clément COGITORE

Le_mauvais_oeil_duo

J’ai découvert le FRAC (Fond régional d’art contemporain) Auvergne via Instagram et leur podcast : Cartels, de l’art, un mot, un face à face   C’était en mars dernier, lors du premier confinement. Ces «pastilles» sonores très courtes (réalisées et portées par la voix de son directeur, Jean Charles VERGNE) ont enchanté mon quotidien de confinée. Si vous ne connaissez pas, foncez, c’est Top ! Il y a 2 saisons qui sont disponibles sur toutes les plateformes d’écoute (Apple podcast, Spotify et autres Deezer).

C’est donc ainsi que leur exposition LE MAUVAIS ŒIL  (ici la vidéo de 7 min) est arrivée jusqu’à moi. Quand j’ai lu le titre, j’ai tout de suite été happée. Vous comprenez mieux pourquoi maintenant)

Cette « exposition prémonitoire », conçue bien avant le début de la pandémie,  présente une quarantaine d’œuvres réunissant le travail de 22 artistes autour de la figure de la «femme oracle» ou «extra-lucide» prophétisant une fin imminente, la fin d’un monde. J’aime beaucoup cette idée que les artistes, connectés à leurs intuitions, développent une créativité qui les amènent à traiter de sujets de société qui vont advenir (#minorityreport) Cette exposition en est un formidable exemple.

« Je fais des rêves, je vois le soleil disparaître derrière la lune, je vois des nuages de cendres et je vois la mer rejeter les morts qu’elle portait.
Le mauvais œil est parmi nous ».

Le_mauvais_oeil_2

Au cœur de l’exposition, le film The Evil Eye  de Clément Cogitore. Ce film, étrange et singulier, est composé de 70 plans achetés à une banque d’images. Ces séquences sont normalement utilisées par la publicité et beaucoup sont  tournées sur fond vert afin de permettre l’ajout de décors en postproduction.

Le défi de ce film, relevé avec brio, est de construire un discours qui n’a aucun lien avec l’utilisation originelle de ces images. Portée par une voix féminine envoûtante, l’artiste réussit à créer une œuvre visuelle hybride déroutante et fascinante. Certes, la question d’un chaos à venir est au cœur du discours. Mais je veux aussi y voir une invitation à la transformation, voir à la transmutation.

Pour en savoir plus sur les autres artistes, je vous encourage à télécharger et lire le livret d’exposition téléchargeable sur le site du FRAC Auvergne  

Le_mauvais_oeil

Gregory CREWDSON : « The shed »

Jean BAUDRILLARD : « Saint Clément II »

Le_mauvais_oeil

Caroline ACHAINTRE « Bat-8 »

Michel AUBRY : « Blouson de Madonna… »

PORTRAIT :

« Kate MAC GWIRE : Artiste écolo, oiseau de bon augure »

Kate macgwire

À partir de plumes de faisans, de colombes ou d’oies patiemment récoltées, nettoyées et assemblées, l’artiste britannique Kate MAC GWIRE crée des sculptures chimériques et un bestiaire tout droit sorti d’un livre de contes de fées.

Assoupis dans leurs vitrines antiques, de gros serpents à plumes s’enroulent tels des rubans gonflés de chair. Mi-sorcière, mi-fée, l’artiste anglaise crée des créatures hybrides et reptiliennes à la beauté étrange, presque inquiétante.

En jouant tout à la fois sur l’emploi de matériaux communs et facilement identifiables mais inusités (des plumes récupérées dans la nature ou auprès d’associations spécialisées dans les courses de pigeons voyageurs), l’artiste reprend en partie le concept freudien « Unheimlich » (l’étrange ou littéralement, l’inhospitalier), c’est-à-dire l’idée d’un espace où le familier peut en quelque sorte susciter la peur.

Kate macgwire

Lorsque je l’ai découverte à la galerie particulière dans le Marais en septembre 2016, je me souviens avoir été d’emblée fascinée par ces sculptures animales, créatures sans queue ni tête, mais si vivantes qu’on jurerait les voir respirer. Présentée comme un cabinet de curiosité, cette faune avait d’emblée stimulé mon imagination et me ramenait à mon attraction pour le «freak», ce monstre beau et laid à la fois ! Ces créatures sont-elles apaisantes ou effrayantes ? Belles ou repoussantes ? Cette «inquiétante étrangeté» me parlait d’autant plus, moi qui travaillait à l’époque sur ma série «Beast & beauty».

Parcours de l’artiste : après avoir travaillé longtemps dans l’architecture, Kate MccGwire obtient son diplôme de sculpture au Royal College of Art en 2004, à l’âge de… 40 ans ! (Rassurant non ?) Aussitôt, elle change de métier, et installe son atelier sur la Tamise, dans une péniche amarrée à une petite île au sud-ouest de Londres. Son désir : renouer avec son enfance passée sur les lacs et les rivières du comté de Norfolk, parmi les hérons et les martins pêcheurs.

Je vois dans le travail de cette artiste des thématiques comme la gestation ou la mue. Quelque chose couve, mais quoi ? Peut-être le retour du viscéral et du primitif, d’une nature prête à reprendre le dessus ? Et si cette pandémie (qui n’en finit pas) nous invitait à cela ? Faire face à ce qui, en nous, nous effraie le plus ? Un oiseau de bon augure ? À méditer !)

NADJA M ACTUALITÉ :

"Vis ma vie d'artiste !"

Mini-expo : ce mois ci, j’ai eu le privilège d’être le « support » d’un beau projet d’art olfactif à destination des déficients visuels … mais pas que.

Quand mon ami Raphael Thomas (Directeur de la filière design Digital et communication chez e-artsupm’a proposé le projet, j’ai tout de suite dit oui ! L’art olfactif est très inspirant pour moi : imaginez-vous des expos où tous nos sens seraient en éveil ? Mais le projet de l’étudiante Margot Aloy va plus loin et propose de recevoir à la maison une Art box. Son nom : Ar.ome. Sa baseline : « L’essence de l’art ». Margot a aussi un autre désir : mettre l’art contemporain à la portée de tous !  Et bien sûr, ça aussi, ça me parle !

Je l’ai donc accompagnée tout au long du projet et lui ai prêtée 2 de mes collages «The Magic touch» & «Cléopâtre» pour sa présentation (mini-expo) le 12 janvier dernier qui avait lieu au sein même de l’école. J’ai aussi, pour l’occasion, rédigé une description de ces 2 collages : exercice passionnant ! Décrire une œuvre à un déficient visuel est un vrai défi : il vous faut à la fois être minutieux et précis mais aussi laisser place à une interprétation de la part de celui qui reçoit cette description !

Pour l’occasion, Margot a, de son côté, outre la conception de toute la chartre graphique de sa box, réalisé un livret de 80 pages qui replace mon travail dans la grande histoire de l’art. Elle décrit et interprète aussi une vingtaine de mes œuvres.  Un énorme travail et je tiens ici encore à la féliciter ! Enfin, je suis toujours bluffée par le décryptage de mes œuvres car c’est souvent très juste. Et, c’est d’ailleurs une des raisons qui m’animent dans la création : ce partage autour de l’art !

Carte de vœux Arty : tout début janvier, je me suis aussi lancée dans une grande aventure qui a nécessité des dizaines d’heures de travail : la réalisation de cartes de vœux uniques ! Projet «collage /couture» avec un mot personnalisé pour chacun de mes acheteurs mais aussi pour des personnes avec qui j’aimerais collaborer ! Elles ont beaucoup plu !  En voici quelques unes :

Sachez que pour nous autres, artistes, cette période est très particulière. Ces cartes étaient pour moi le moyen de garder le lien et d’offrir un petit quelque chose d’unique (même si c’est modeste)… en attendant de pouvoir de nouveau exposer et partager avec vous l’art en vrai !

EXTRA :

Ce titre ne vous rappelle rien ? C’est une des chansons du film “Cabaret” starring la talentueuse Lisa Minelli !!!

À l’épineuse question de : « Comment les artistes définissent-ils leur prix ? », je dois vous avouer que cela n’a pas été très simple pour moi au début car j’y suis un peu allée au «pifomètre !» LOL) Ou plutôt, j’ai défini mes prix en fonction du prix que j’estimais juste pour accepter de me séparer de ce que je considérais à l’époque comme des petits bouts de moi.

Évidemment, cela n’était pas du tout la bonne méthode, et après m’être formée et informée grâce à des conférences en ligne, articles sur le web et autres IGTV sur Instagram, eh bien j’ai pu me faire, il y a quelques mois, une idée plus précise de la chose même si le «flou artistique» ambiant persiste !

La 1ère méthode, qui est la plus connue consiste à se référer à ce tableau  qui s’appuie essentiellement sur le format (taille d’une œuvre) et calcule le prix par le point. Mais, celui-ci n’est valable que pour la peinture.

En partant de cette base, si on prend l’exemple d’une toile au format de 30X30 cm, eh bien, on voit dans le tableau qu’elle se rapproche des formats de la colonne N° 5 (format portrait 35×25 cm/ format paysage 35×24 cm & format marine 35×22 cm). À partir de là, il suffit de prendre ce chiffre N°5 de la colonne et de le multiplier par la valeur que l’on donne à un artiste débutant qui est entre 10€ et 25€ le point. Cela donne donc 5X25€ par exemple = 125€ pour une toile de 30X30cm. Évidemment, plus la toile est grande (et donc constituée de points), plus elle est chère car on suppose, un peu légitimement, qu’elle aura nécessité plus de temps de travail.

Autre méthode qui s’en rapproche : calculer le coût des matériaux + le temps passé et définir soit même son taux horaire de travail.

Ces 2 méthodes, assez décriées, ont pourtant le mérite d’exister et la seconde permet de l’appliquer à tous les supports. C’est, de mon point de vue, un bonne base de début de calcul. Mais bien sûr, elle ne suffit pas.

À partir de là, l’artiste va devoir prendre en compte et ajouter les autres critères suivants que sont :
– sa formation : sortir d’une école d’art est un vrai +
– le nombre d’expositions auxquelles il/ elle a participé (expos solos et/ou collectives)
– les prix / mentions des jurys s’il/elle en a eus
– les publications dans la presse spécialisée
– le fait qu’il/elle soit signé-e en galerie ou non (reconnaissance par les professionnels du milieu de l’art que sont les commissaires, critiques d’art & collectionneurs publics ou privés).

C’est en prenant en compte tout cela à la fois que le prix des œuvres d’un artiste (et sa côte) se définit. Et que le prix de ses œuvres augmentent, année après année.

Enfin, point très important : l’artiste doit étudier son marché et voir à quel prix se sont positionnés les autres artistes qui sont dans la même discipline que lui (et utilisent le ou les mêmes médiums) ; ceux qui ont à peu près le même parcours et qui en sont à peu près au même niveau de carrière.

Et c’est là que le parcours du combattant commence. Pourquoi ? Eh bien, parce que si l’artiste est hyper côté, il semble que cela soit indécent d’afficher ses prix et quand l’artiste débute, il/elle préfère ne pas afficher ses prix pour mieux, semble-t-il, les adapter à la « tête du client ». En tout cas, pour avoir évoqué le sujet avec mes acheteurs, c’est ce que ce manque de transparence véhicule. Et il est très préjudiciable à l’acte d’achat car le jeune collectionneur n’est pas en confiance.

Personnellement, quand il m’a fallu essayer de me positionner en termes de prix par rapport aux autres artistes dans ma catégorie, je n’ai jamais trouvé un seul prix affiché sur le site d’un artiste. Ma seule référence a été celle des galeries en ligne. Et, pourtant le rapport Hiscox 2020 sur le marché de l’art en ligne met le doigt sur ce problème du manque de transparence des prix qui est très fortement réclamé par les acheteurs. Mais il semble qu’en France, afficher ou parler du prix d’une œuvre soit vulgaire ou rattaché à ce quelque chose de bassement matériel. Et pourtant, comment pouvons-nous espérer vendre notre art, nous autres artistes, si nous avons des réticences à parler d’argent ? La question est ouverte.

Voilà, « De L’ART EN BARRE », épisode 2, c’est fini ! J’espère que cette newsletter vous aura intéressés.
Et si oui, alors, je vous dis à dans un mois.
Cheers !

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